62 – Jean d’Ormesson: Plato en Aristoteles

‘Je n’ai pas connu Aristote. J’étais fidèle à Platon. Platon et Aristote ont l’un et l’autre du génie. Platon est un rêveur. Aristote est un minutieux. Platon est une élévation. Aristote est un système. Platon cultive les idées éternelles. Aristote explore et quadrille l’univers. Platon annonce déjà, de loin, l’immortalité des chrétiens, les cathédrales du Moyen Âge, peut-être, c’est un peu osé, Rousseau, Chateaubriand et le romantisme  avec ses illusions et ses rêves. Aristote est le modèle et l’ancêtre de toute une série de penseurs orientaux et arabes qui sauvegardent sa mémoire et font connaître son oeuvre à un Occident oublieux; l’ancêtre de Thomas d’Aquin qui tente de le réconcilier avec Platon mais aussi avec les Évangiles; l’ancêtre des Lumières et de la science moderne qui le contestent et le rejettent, l’imitent et le dépassent. Un célèbre tableau de Raphaël au Vatican, L’École d’Athènes, les représente tous les deux. Platon lève un doigt vers le ciel. Aristote tourne sa main vers la terre.

Héros malheureux d’une aventure risquée dans la Sicile grecque, engagé dans la vie sociale de son temps, Platon aime la politique autant que l’amour, la beauté et la mathématique. Aristote joue un rôle décisif non seulement dans la pensée politique mais même au coeur de mon parcours: il est le maître d’Alexandre le Grand.’

– Jean d’Ormesson, Et moi, je vis toujours, Gallimard, Paris, 2018, 36-37.