60 – Ouaknin en bibliotherapie

… Ces quelques remarques historiques et philosophiques nous permettent de mettre en lumière deux courants opposés qui parcourent toute l’histoire de la philosophie occidentale, qu’on pourrait retenir par des noms génériques, Héraclite et Parménide, qui marquent respectivement le devenir et l’en-train-d’être, d’un côté, et la substance finie et statique, de l’autre. […]

La bibliothérapie ne fait que poser de manière incessante la question de l’onto-logie dans la formulation héraclitienne d’une contradiction entre l’être en train d’être et le language, qui, à tout instant, risque de produire l’oubli de l’être. Le chemin qu’elle a choisi pour ce combat est fondamentalement d’ordre herméneutique: mieux, il fonde l’herméneutique.

Pourquoi lisons-nous? Pourquoi interprétons-nous? La réponse est claire: pour faire en sorte que l’ “être infinitif” ne se transforme pas en “être définitif”, pour faire en sorte que l’existence puisse encore s’entendre comme transcendance.

– Marc-Alain Ouaknin, Bibliothérapie. Lire c’est guérir,  Éditions du Seuil, Parijs, 1994, p. 153-154