Ontmoeting tussen kunst en Kerk

Transformation of the Christian Churches

Une nouvelle rencontre entre l’art et l’Eglise? is een lezing van Patrick Lateur als antwoord op het referaat van Raymond Steiner (New York) tijdens het internationaal colloquium The Transformation of the Christian Churches in Western Europe 1945-2000 in de Universiteitshal van de KU Leuven van 18 tot 21 september 2002. Hieronder vind je de tekst ervan.

Une nouvelle rencontre entre l’art et l’Eglise?

L’exposé de Mr. Steiner a dépeint d’une manière exacte et claire la nouvelle position de l’art vis-à-vis de la religion et il a abouti à un point de vue surprenant: l’artiste contemporain se retrouve au même point que son collègue préhistorique, c’est-à-dire, il doit réinventer ses propres symboles. Je voudrais en guise de note préliminaire insister sur le fait que dans les temps qui nous séparent de la préhistoire, l’art a connu plusieurs moments problématiques et décisifs dans sa relation avec la religion. Je cite un exemple du domaine de la littérature que je connais en tant que traducteur de Pindare.  Le poète grec Pindare écrivait et composait des odes à l’occasion des victoires des athlètes dans les jeux à Olympie, Delphes, etc. Ces chansons de choeur, exécutées lors d’une fête religieuse, se fondent dans la pensée archaïque grecque du sixième siècle avant Jésus-Christ. Au milieu du cinquième siècle, à peine quelques années après la mort du poète, le monde grec a connu la première Illumination – Aufklärung de l’histoire. Dans le nouveau monde des sophistes les odes de Pindare sonnaient comme des chansons d’outre-monde. Le lien entre l’art et la religion semblait rompu. En plus, je crains que les poèmes de Pindare étaient déjà de son vivant un anachronisme et que les Grecs n’en vivaient plus le continu.

La littérature nous emmène vers une deuxième note préliminaire concernant la relation entre l’art en général et la religion. Mr. Steiner a parlé des voix anti-religieuses dans l’art contemporain en Occident. Je suis tout à fait d’accord avec lui pour dire que ces créations aboutissent à un point mort, que ces artistes travaillent finalement non “for art’s sake” mais que leur art y est “for its own sake”. Je crois d’ailleurs que ce problème devient peu à peu dépassé, exception faite de quelques exemples isolés, qui existent aussi chez nous. Je pense à la discussion lors de quelques expositions récentes à Bruxelles ou à Borgloon. La littérature du vingtième siècle livre également des exemples d’auteurs qui en ont fini avec l’Eglise et ont éxprimé leur réaction ou leur aversion. Mais, et j’aborde la proposition de ma deuxième note, je connais pas d’exemples de tel genre sur le plan architectural et musical. L’architecture anti-religieuse n’existe pas. A première vue, il n’y a pas de musique anti-religieuse.  Peut-être que l’écart entre la religion et l’art en général soit moins grand au niveau de ces deux arts, puisque les matériaux et les sons ne réfèrent pas directement à un continu. Un exemple d’une architecture religieuse réussie en Flandre (mais malheureusement: un exemple assez rare) se trouve à Waasmunster, notamment la chapelle de l’abbaye Roosenberg, une réalisation de l’architecte bénédictin Van der Laan. Et l’architecture du mexicain Luis Barragan réflète une dimension religieuse indéniable. Barragan cherche à révéler par les matériaux et les volumes la lumière. De même manière le componiste estonien Arvo Pärt cherche le silence à travers les sons. Demain soir aura lieu à Bruges la création du psaume 38 du jeune componiste flamand Frank Agsteribbe. J’ai l’impression, et c’est plus qu’une seule impression, que l’entente entre l’architecture, la musique d’une part et la religion ou l’Eglise d’autre part, n’est pas directement en jeu. La relation problématique se fait sentir beaucoup plus et très nettement en matière de littérature, de peinture et de sculpture. Formés par une longue tradition, beaucoup de lecteurs ou de spectateurs s’inclinent toujours encore à chercher un continu univoque dans les mots et les images. Et l’artiste traditionnel tente à s’exprimer par des mots et des images reconnaissables. Le concours de poésie, que le Conseil Pastoral Interdiocésain a organisé en 1995, a connu plus de trois cents participants, mais la moisson poétique était mince, parce qu’ en général  les poèmes étaient trop thématisés et d’une expression trop directe. D’ailleurs, les poètes flamands de grande renommée n’étaient pas présents. En 1999 j’ai composé une anthologie de poèmes inspirés par l’ évangile (Het evangelie volgens dichters). Trois ans plus tard je suis d’avis qu’il serait d’autant plus intéressant de composer une anthologie de poèmes qui d’une manière non thématique réfèrent à une dimension religieuse implicite. L’art doit être ouvert. La porte de l’art authentique est ouverte et invite tous ceux qui sont à la recherche de la vérité d’une manière authentique.

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Cette deuxième note, déjà trop longue pour être  préliminaire, est le point de départ d’une question fondamentale, qui est aussi le titre de mon intervention. Le point d’interrogation est significative. La séparation entre l’art et la religion ou l’Eglise est définitive. Mr. Steiner l’a bien démontré. L’autonomie de l’art date déjà de bien longtemps, bien avant la deuxième guerre mondiale. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de rencontre possible entre les deux. Et si, selon Mr. Steiner, les peintures aux paysages pourraient témoignent d’une certaine manière de la relation entre Dieu et l’homme, il y a – à mon avis – surtout les oeuvres d’art qui en toute autonomie et en toute liberté nous posent des questions et nous invitent à réfléchir. Je vous présente trois points de réflection: la convergence entre l’art et la religion, la relation entre l’art et l’Eglise, la fonction de l’art dans la liturgie.

  1. Art et religion.

L’art et la religion peuvent se rencontrer à mesure qu’ ils dépassent les bornes de la réalité et qu’ils nous offrent des nouvelles visions de la réalité qui nous entoure. Un artiste et un croyant expriment ce qui est indicible et représentent ce qui est invisible. Partants de la complexité de la vie ils cherchent tous les deux une vérité. La vie même les oblige à cette attitude. L’artiste ne peut se contenter de l’unidimensionalité ou le chaos du monde et il crée afin de démasquer ses apparences et de répondre aux questions que ce monde lui pose. Son art ne laisse insensible le croyant. L’art vrai fait un appel et peut ouvrir les yeux pour ce qui lui est transcendant. Et là où les religions institutionalisées plaisent moins aux hommes, c’est justement l’art qui les confronte avec le mystère et qui désaltère leur soif de l’indicible et de l’invisible. Le dimanche dernier j’étais au Grand Hornu en Wallonie à l’occasion de l’ouverture du nouveau Musée des Arts Contemporains. Des milliers et des milliers de personnes ont fait la queu pour entrer dans les salles pleines de lumière. Et ce qui y régnait, c’était le silence. Comme dans une église. Un fait curieux. L’architecture et les oeuvres d’art, ritmés par Laurent Busine, qui est aussi le curateur de l’exposition au Grand Séminaire à Bruges, invitaient à un léger susurrement. Rien de plus. Et on lisait l’écriture de Thierry De Cordier sur l’oeuvre intitulé Dieu est une poire. De Cordier parle d’une autre manière de Dieu. Mais il en parle. Et il parle du monde de l’homme: que faisons-nous ici, que faisons-nous du monde?. En juin, je travaillais dans la Biblioteca Leonardiana a Vinci, lieu de naissance du génie de la Renaissance. Il y avait une exposition de Nam June Paik, le fameux artiste coréain. Par ses installations-vidéo nous devons nous rendre compte que nous nous trouvons déjà sur l’autoroute électronique. Son utopisme technologique – à comparer avec les rêves de Leonardo dans son temps – exalte les relations nouvelles (nous sommes tous devenus des dieux), mais entretempsil nous met en garde contre les relations superficielles. Paik ne crée pas d’oeuvres d’une inspiration religieuse, mais le croyant qui veut vivre sa foi dans le monde, peut tirer profit de la voix de l’artiste  Nous mentionnons encore et de façon arbitraire Francis Bacon, Antonio Saura, Arnulf Rainer, Frida Kahlo, Mark Rothko, Bill Viola. Chaque artiste réfère de sa manière à ce qui est intangible et insaisissable. Les expositions des années précédentes ont démontré que l’art et la religion sont complémentaires en ce qui concerne la recherche spirituelle de l’homme. Cela va de soi que tout se déroule encore à la marge du monde artistique, mais on peut constater que de plus en plus la dimension spirituelle de l’art est à l’ordre du jour.

  1. Art et Eglise.

Pendant des siècles l’Eglise a fait appel à l’art et aux artistes pour représenter son message. L’interdiction biblique de faire des images (Exode, chapitre 20) et que l’on retrouve encore toujours dans la tradition juive et islamique, n’a pas empêché (malgré les quelques moments d’iconoclasme) la création d’un art religieux dans l’Occident. Le baroque en était la dernière expression pleine de triomphalisme. La représentation de la vérité et des dogmes était devenu plus importante que la présencedu transcendant à travers l’art. Aujourd’hui encore nos églises abritent toujours en majeure partie des oeuvres de ce genre. On ne peut évidemment mettre à côté ce patrimoine historique parmi lequel se trouvent d’oeuvres exceptionnels, mais surtout des créations dans le style exécrable à la biedermeier ou Saint-Sulpice. Pour dire la vérité: la plus grande partie des intérieurs d’église m’est entièrement étrange. Ce qui est de plus: ces intérieurs m’empêchent de vivre ma foi comme quelqu’un du troisième millénaire et il m’empêchent de la nourrir à travers une espace et un context adéquat et sacral. Il est nécessaire que tous les croyants, tous ceux qui d’une façon où de l’autre font partie de l’Eglise, regardent l’art contemporain d’une manière nouvelle. L’interdiction biblique jète une lumière nouvelle sur la relation entre l’art contemporain et l’Eglise. En plus, l’évolution de l’art oblige l’Eglise à se laisser interroger par les images mêmes. L’art n’est plus l’ancilla, il est partenaire. D’une manière définitive l’artiste s’est détaché de chaque institution, aussi de celle de l’Eglise. On n’ a pas dû attendre les confrontations, mais d’autre part des artistes contemporains et renommés se sont toujours inspirés de la riche tradition de l’Eglise. Le sculpteur basque Eduardo Chillida, décédé récemment, cherchait son inspiration mystique dans les écrits de Saint-Jean de la Croix. En outre, il est clair que l’artiste est prêt à offrir en toute liberté artistique sa créativité dans un context sacral. Dans l’abbatiale romane de Sainte Foy à Conques les vitraux de Pierre Soulages font vivre les anciennes pierres et émettent une lumière vivante qui possède une intériorité en accord avec l’identité et la fonction du lieu. Le grand peintre flamand Roger Raveel a inséré son propre style dans la chapelle à Machelen-aan-de-Leie.

  1. Art et liturgie.

L’exposition Epifanie (Parkabdij Heverlee) démontrait que la réinvention de l’espace sacral ouvre des perspectives nouvelles pour l’art contemporain. L’art reçoit une dimension nouvelle, une densité inconnue, une fonction signifiante, sans nuire à la vigueur originale de l’oeuvre d’art. La sacralité qui nous parle à travers les oeuvres d’art dans les musées est souvent plus grande que celle de l’art religieux thématisé des tableaux et des sculptures qui se trouvent dans nos églises. Les créations de livres monumentaux d’ Anselm Kiefer y trouveraient une place idéale, les monochromes abstraits d’ Etienne van Doorselaer pourraient intensifier le silence mystique d’une chapelle, les cycles bibliques d’ Armand Demeulemeester aspirent à la confrontation avec des espaces sacraux. Les artistes, qu’ils soient croyants ou qu’ils ne le soient pas, devraient avoir l’occasion ou recevoir pour mission de représenter l’invisible ou l’indicible par le language imaginatif d’aujourd’hui. Malgré les difficultés financières les hommes et les femmes de l’Eglise ont la grande responsabilité d’ harmoniser le language de la foi et le language artistique. Ils ont également et surtout la responsabilité d’éduquer et de diriger les esprits de leurs communautés à une compréhension des possibilités que l’art contemporain leur offre.

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Je termine mon intervention courte. L’artiste authentique donne à son oeuvre une dimension qui touchera le spectateur dans sa recherche et l’invitera à une rencontre d’ un autre monde. Dans le mariage à trois, pour ainsi dire, entre l’artiste, l’oeuvre d’art et le spectateur, il y a l’autonomie de l’artiste, l’objectivité de l’oeuvre et l’appel au spectateur. Ce dernier a la possibilité d’accompagner l’artiste dans sa recherche et il a l’occasion d’ être sensible à ce qu’il dit. En tant que croyant il découvrira peut-être chez certains artistes la présence de ce qui lui est transcendant. La communauté chrétienne de sa part prendra soin de découvrir et de rencontrer l’artiste contemporain, en toute humilité et en tout respect pour l’autonomie de son art. Ce nouveau dialogue, difficile mais passionnant, pourrait ouvrir des perspectives inattendues mais fécondes.